Depuis qu’elle est dans ce nouveau job, Lila a l’impression de planer. Non seulement elle travaille beaucoup moins que dans ses précédents boulots, mais en plus elle a l’impression de recueillir tout le crédit des réalisations des membres de son équipe. Fayçal, le président de Magnifique Communication vient de la convier dans son bureau pour la féliciter d’avoir permis à l’entreprise de remporter une spécu* importante. Lila est maligne, elle a accepté ses remerciements sans broncher. Elle s’est bien évidemment retenue de lui expliquer comment elle s’était débrouillée pour avoir l’information sur les offres concurrentes. Ce tuyau l’a bien aidé à gagner le concours sans faire trop d’efforts.
Magnifique Communication avait eu récemment un sérieux passage à vide. Le défaut de paiement de certains de ses importants clients avait mis en péril la solidité financière de l’entreprise. Ce tout nouveau contrat va permettre à la boîte de sortir du rouge et d’aborder les prochains mois avec beaucoup plus de sérénité. Le seul hic dans l’histoire, c’est que l’offre faite à cette multinationale comportait une grande partie de marketing opérationnel. Activité dont Mag Com n’avait aucune expérience.
Pour remédier à cette lacune, le président a bien l’intention de se doter d’un département de Market Op. Il ne sait pas encore ni par qui il va être géré, ni comment il va s’y prendre pour en faire un centre de profit. Il a quelques idées en tête, mais décide pour l’instant de les garder pour lui.
Fayçal n’est pas un entrepreneur dans l’âme, il s’est retrouvé dans la communication par hasard. Fils et petit fils de médecin, et seul garçon d’une fratrie de trois enfants, il était né pour prendre la relève. Cependant, et contrairement à ses brillantes sœurs, il n’a jamais eu d’affinité avec les études. Comprenant quand même qu’un diplôme était nécessaire pour rester dans les bonnes grâces de sa famille, il a fait un bachelor en management aux Etats-Unis. Beaucoup plus attiré pas l’Agréable que par l’Utile, il choisit l’université qui va lui permettre d’obtenir aisément le diplôme nécessaire à son accession au monde adulte.
Quelques années plus tard, et le bout de papier en poche, il rentre chez lui avec la ferme intention d’utiliser les économies de papa pour lancer sa boîte. Il était persuadé que sa pseudo réussite scolaire et son statut de garçon unique allaient lui permettre d’obtenir une importante ligne de crédit auprès de son paternel.
Six mois, après son retour au Maroc, il a réalisé qu’il ne devait pas compter sur sa famille pour matérialiser son dessein. Tous les scénarios qu’il avait imaginé étaient tombés à l’eau.
Abattu, mais fermement décidé à épater la galerie, il se jette sur le premier poste qu’un ami de sa sœur aînée lui propose. L’avantage de ce job, c’est qu’il ne l’obligeait ni à rédiger son CV, ni à passer des entretiens.
Ce premier boulot lui permit de déceler les opportunités à saisir. Très rapidement il réalisa que s’il voulait retrouver sa liberté, il devait convoler en juste noce avec la fille du patron. Cette union, non prévue par son plan de carrière, allait lui permettre deux choses: disposer du portefeuille de marques de beau papa et ne pas stresser sur son futur ou celui de ses rejetons.
Bague au doigt, il s’empressa de quitter la boîte familiale (oui il faisait parti de la famille maintenant) et de monter son agence de communication.
Partisan du moindre effort, il s’aperçut rapidement qu’il ne suffisait pas d’être le mari de la fille à beau papa, pour réussir. L’euphorie des premiers temps est vite retombée et avec elle sont arrivés les premiers problèmes.
Les clients qui étaient supposés pleuvoir du fait de son mariage n’ont pas été au rendez-vous et grand papa qui était maqué depuis longtemps à une seule et même agence de communication avait du mal à s’en séparer.
Acculé à subsister par ses propres moyens, il retroussa ses manches et commença à débaucher à tour de bras auprès de la concurrence. Il n’avait aucune idée du métier, et il avait décidé de se payer de braves filles pour le lui apprendre. Ce manque de courtoisie envers ses confrères porta ses fruits. Pour épater leur jeune et beau patron, les nouvelles recrues, essentiellement féminines arrivaient les poches pleines de budgets. Le décollage fut immédiat.
Entouré d’un troupeau de biches, il se désintéressa de son épouse et se lança corps et âme dans son entreprise. Sa réussite professionnelle réconforta ses parents, qui revenant sur leur décision première, lui ouvrirent les portes de leurs économies.
Remontée dans l’estime de sa famille, il en profita pour faire une pause bien méritée. Ce sont quelques coups de fils de ses banquiers qui le rappelèrent à l’ordre. Il dut se rendre à l’évidence que s’il ne voulait pas perdre ses acquis, il devait se remettre au travail.
La reprise a été difficile, surtout qu’il s’était habitué à ses journées de farniente et à ses soirées de gambadage.
De nouveau le pied à l’étrier avec ce client, il se surprit à penser à Lila et à son joli visage. Cette fille avait quelque chose qui l’intriguait et qui lui plaisait. Il se demandait même s’il ne devait pas lui proposer ce poste qu’il allait créer. En faisant cela, il savait qu’il se mettrait à dos sa précieuse Maria. Pour s’aider dans sa prise de décision, il nota sur un morceau de papier les qualités et défauts des deux candidates, puis après une rapide réflexion, repoussa son choix à un moment ultérieur. Il prit sa veste et s’en alla du bureau, laissant derrière lui la feuille qui va provoquer bien des remous.
NB : Specu= spéculative. Toutes les notes sont du relecteur.

OUAOU je suis impressionné par votre manière d'écrire... j'aime en particulier l'"expression ouvrir les portes de leurs économies
Rédigé par : Tarik Filali | 12 mai 2009 à 01:10
c'est super bien écrit ! je n'ai qu'une envie c'est de connaître la suite !
Rédigé par : immuable | 12 mai 2009 à 06:45
Tout à fait d'acccord avec Immuable, c'est vraiment bien écrit, dans la veine de Corto Maltese! Je trouve qu'il y a quelquechose d'universel dans l'attitude des Poulettes...
Rédigé par : La Perruque Rose | 12 mai 2009 à 10:58
en attendant la suite !! les katkoutates doivent bien rester sages :)
Rédigé par : Agharass | 12 mai 2009 à 13:11
@Tarik et Immuable:merci beaucoup... on essaye de s'améliorer
@Aghrass: on a l'intention justement de ne pas être sage LOL
Rédigé par : Doudou | 12 mai 2009 à 14:45
Merci merci les amis. On s'amuse beaucoup à écrire les poulettes. Attendez vous à des surprises, mais quant à être sages...vous ne serez pas déçus j'espère
Rédigé par : Flower Power | 12 mai 2009 à 15:35
Cet épisode me plaît.brillante analyse au masculin!
Rédigé par : kalimate | 12 mai 2009 à 17:06
Plus belle la vie! La suite, la suite!
Rédigé par : kielut | 13 mai 2009 à 14:12
Excellent! Mais au moment ou on rentre vraiment dans l'histoire, vous nous laissez sur notre soif ... C'est trop injuste!!
Que peut t-il y avoir sur ce papier? Qui va l'apercevoir? .... je me retrouve à faire mes propres suppositions ...
Rédigé par : kalimero | 13 mai 2009 à 14:52
@Kielut et Kalimero: patience patience mais promis dès qu'on le peut on accélérera la cadence
puis il y a pleins de surprises qui arrivent
Rédigé par : Doudou | 13 mai 2009 à 15:31
J'en veux encore, j'ai vraiment hâte. Vous avez réussi à mettre de l'intrigue dans tout cela, bravo
Rédigé par : Séverine | 14 mai 2009 à 00:35
@Severine: merci pour tes encouragements.. on essaye de s'améliorer d'un épisode à l'autre car pas facile de garder la cohérence quand on écrit à quatre mains... mais c'est une jolie expérience dans laquelle on rigole vraiment beaucoup. Si en plus ça plait, c'est sympa
Rédigé par : Doudou | 14 mai 2009 à 13:04