Il en est des livres comme des histoires amoureuses. La surprise, l’émerveillement, le trouble de la rencontre. Pour prolonger l’aventure, on réitère les rendez vous indéfiniment, au hasard des pages cette fois ci. Les mots se laissent écouter chaque fois différemment, faisant écho en chacun profondément. C’est ce que j’ai ressenti en découvrant «Le moine et la Psychanalyste». Coup de foudre au premier abord, puis de nouvelles façons de considérer la relation au divin et au divan à chaque relecture au gré de mes états d’âme.
Ruth et Simon, une psychanalyste juive agnostique et un moine chrétien se retrouvent après plusieurs années, avec des parcours de vie que tout sépare au premier abord. Ruth est en convalescence pour maladie grave et se repose à la montagne chez des amis journalistes. Elle cherche à trouver une nouvelle liberté, notamment en s’affranchissant des dogmes de sa profession. Simon, un moine voisin resurgit brutalement dans sa vie. Ils s’étaient connus trente années auparavant à la faculté de médecine. Ils se vouvoient malgré l’ancien tutoiement de leur période étudiante. «Comment trouver des histoires communes à un moine et une psychanalyste?» résume l’auteur, «Ce sont deux chercheurs qui tentent de s’éclairer l’un l’autre sur l’essentiel de la vie». Le verbe «sauver» couplé avec celui de «guérir» apparait des la deuxième rencontre, et donne la tonalité au livre.
Ils se lancent dans un dialogue passionné, des confrontations souvent énergiques bien qu’amicales, en tête à tête d’abord puis par échange de lettres. Ils abordent des sujets qui nous touchent profondément, explorent les relations hommes-femmes, le machisme, la quête de sens de la vie, la notion de santé, la rédemption, la foi et le rapport au mot «croire». Tout cela en revisitant les grands textes fondateurs bibliques et la cure psychanalytique. La parole conduira ces deux êtres épris de liberté et habités par un amour commun de l’autre aux vertus de la parole libératrice, à la rencontre avec Abraham, Jésus, Mozart, Rimbaud mourant auprès de sa sœur, ou Montaigne au chevet de la Boétie. Il faut savoir que Marie Balmary, psychanalyste passionnée par la Kabbale et la bible, se lance pour la première fois dans l’écriture d’un roman qui se lit comme une parabole. Ce dialogue remarquable est en réalité inspiré de celui qu’a eu Marie Balmary avec le moine Marc-François Lacan, frère de Jacques Lacan. Il en ressort des textes inoubliables. Ce livre est également une synthèse originale des travaux menés par Marie Balmary.
Je terminerai avec un passage du livre qui m’a beaucoup touché: «Écouter l’autre, ce n’est pas seulement écouter ce qu’il dit, mais ce à quoi, dit monde ou d’autres paroles, sa parole répond, ce qui l’appelle, la requiert, la menace ou l’atterre. Entrer dans l’écoute se fait en brisant la clôture affolante de la dualité : il ne s’agit pas en effet que les deux interlocuteurs forment deux moitiés qui enfin se réunissent et se retrouvent pour devenir une sphère, comme dans le mythe antique. Quand j’écoute vraiment avec l’autre ce que lui-même, en parlant, écoute ou a écouté, alors c’est vraiment lui que j’écoute. Et c’est quand j’écoute ainsi que moi, j’écoute vraiment, car écouter avec l’autre ne revient pas à se fondre avec lui, ni à coïncider: nous entendons deux fois, depuis deux lieux distincts, ce qui a appelé notre échange. Cela seul donne à l’écoute son relief et sa gravité».
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